Découvrez “des Hommes et des Pommes” l’exposition de Vincent Brien

L’exposition photographique Des hommes et des pommes privilégie comme la peinture impressionniste, les thèmes du paysage et de la représentation de l’homme dans son environnement, celui de la culture de la pomme et de la transformation du fruit en produits cidricoles.

L’exposition Des hommes et des pommes et le catalogue édité à cette occasion ont été soutenus par la Commune de Conches pour sa Biennale photographique en 2015.

Le mot du photographe

Une fois encore ce sujet sur le brassage des pommes fût pour moi l’occasion d’un retour à l’enfance, Sans craindre de flirter quelques fois avec l’image d’Épinal. Équipé d’une vielle chambre folding 10×12 cm (4×5 inch), chargée de films périmés en noir et en couleur, donnant un aspect suranné aux images. Une série réalisée je dois l’avouer, plus pour saisir les personnages que j’ai croisé que pour l’activité en elle-même. Cependant la saison des pommes aura été pour moi, l’alibi idéal pour photographier ces figures dans le contexte de cette activité.

Vincent Brien.

TANT QU’IL Y AURA DES POMMES

Profondément liée à l’histoire de la Normandie, la pomme apparaît, dès l’épisode de la Genèse, comme un objet de désir et d’obscure tentation.

Est-ce à cause de l’ivresse qu’elle procure qu’on lui attribue le pouvoir d’avoir été pour l’homme une cause de chute ?

La pomme est avant toute chose un produit de l’agriculture et une ressource économique assurant au monde paysan un complément de revenu grâce à la fabrication du cidre et la distillation du calvados. C’est cet aspect, tout à la fois rustique et pittoresque, qui a mobilisé l’objectif de Vincent Brien, photographe attaché à la réalité sociale autant qu’à la beauté des grands paysages naturels. Comme beaucoup de petits Normands, Vincent garde un souvenir vivace de ces automnes où les brasseurs allaient, d’une maison à l’autre, proposer leurs services après la récolte des fruits. L’arrivée de la presse hydraulique et le rituel qui l’accompagnait prenaient l’allure d’une cérémonie que l’on peut comparer au foulage du raisin en Bourgogne ou en Aquitaine. Les bruits et les odeurs associés aux opérations n’en constituaient pas le seul charme. Il fallait voir les tenues impressionnantes de nos brasseurs enveloppés dans leur ciré et les visages fleuris et un peu durs qu’ils arboraient !

J’ai pour ma part été témoin de ces singulières épopées quand, surgissant à la tombée de la nuit, une poignée d’ouvriers hirsutes mettaient en branle leur attirail à grand renfort d’effets sonores.

Depuis lors, bien des années ont défilé, mais le brassage reste une pratique dont la technologie n’a guère évolué dans sa forme. À la campagne, on en maintient l’activité avec une ferveur égale aux années d’après-guerre. Entre la presse et la bouillote (avec laquelle on distillait le calva), Vincent Brien a su, de son regard, accompagner les gestes de ces hommes qui nous font profiter des offrandes de la terre. Ces images saisissantes nous plongent au coeur d’une capiteuse réalité. Celle du travail sans artifice de ces brasseurs et de leur rutilante présence. En découvrant l’une après l’autre les images qu’il a recueillies, une foule de sensations sont remontées à la surface, faisant revivre toute une époque où le savoir-faire était entouré de respect. C’est la diversité des métiers qui crée la richesse même d’une langue et d’un pays. Elle irrigue notre patrimoine du témoignage laissé par nos anciens. Car chaque geste, chaque outil, sont porteurs de mémoire et au-delà même du folklore, la mémoire représente le meilleur allié de l’avenir.

Luis Porquet